September 27, 2021

Les peuples autochtones ont besoin de reconnaissance, de réciprocité et d’un nouveau contrat social — Enjeux mondiaux

On comprend de mieux en mieux le rôle vital que jouent les peuples autochtones en procurant des avantages à toute l’humanité. Crédit : PNUD Pérou/Mónica Suárez Galindo
  • Avis par Martin Sommerschuh (Les Nations Unies)
  • Service Inter Presse
  • L’auteur est spécialiste de programme et coordinateur, Initiative Équateur, Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)

Le virus nous a également rappelé les interrelations complexes qui composent notre monde et nos responsabilités envers les autres, en particulier les membres les plus vulnérables de la société.

Le thème de la Journée internationale des peuples autochtones de cette année, qui a été commémorée le 9 août, était « Ne laisser personne de côté : les peuples autochtones et l’appel à un nouveau contrat social ». L’idée d’un « contrat social » – un accord entre les membres d’une société pour coopérer au profit de tous – remonte à des siècles. Ce qui est nouveau, cependant, c’est une compréhension émergente du rôle vital que jouent les peuples autochtones en fournissant des avantages à toute l’humanité.

Premièrement, les peuples autochtones ont construit des systèmes alimentaires durables et des filets de sécurité sociale qui nous aident à réinventer une voie pour toute la société. Trois lauréats du prix Équateur de 2020 et 2021 montrent comment leurs systèmes sociaux robustes leur ont permis de rester résilients et pleins de ressources, même pendant une pandémie.

Lorsque la pandémie a frappé pour la première fois en mars 2020, les femmes de l’Asociación de Mujeres Indígenas del Territorio Cabécar Kábata Könana dans la région de Talamanca au Costa Rica ont rapidement organisé un système de troc pour garantir que les familles et les communautés isolées aient suffisamment de nourriture. Le travail de l’association est basé sur une agriculture rotative et régénérative, ancrée dans les savoirs traditionnels.

En Amazonie équatorienne, le premier confinement dû au coronavirus a coïncidé avec des pluies torrentielles et des inondations. Grâce aux actions rapides des dirigeants Kichwa, les produits alimentaires et d’hygiène ont atteint même les familles les plus reculées du Pueblo Originario Kichwa de Sarayaku.

Le groupe travaille maintenant avec le programme de petites subventions du FEM pour revitaliser les connaissances ancestrales des médecines traditionnelles.

Au Kenya, la Nashulai Maasai Conservancy associe la science de pointe à la gestion des terres et aux pratiques agricoles traditionnelles des Maasai. Les bénéfices des initiatives entrepreneuriales ont aidé à soutenir les programmes de livraison de nourriture et d’hygiène à des milliers de personnes pendant la pandémie.

Deuxièmement, les peuples autochtones sont les intendants d’une grande partie des terres, de l’eau et de la biodiversité qui constituent un filet de sécurité planétaire pour l’humanité. Selon deux rapports récents, Territoires de vie et L’état des peuples autochtones et des communautés locales, les peuples autochtones sont les gardiens d’un tiers de la surface terrestre de la planète.

Ces territoires se sont avérés plus intacts sur le plan écologique que d’autres zones et sont d’une importance cruciale pour la sécurité mondiale de l’eau, pour nos objectifs climatiques et pour la conservation de la biodiversité, pour n’en nommer que quelques-uns.

En termes simples, nous ne pouvons pas réaliser le Programme 2030 sans le soutien et la collaboration des peuples autochtones du monde. Trois exemples de lauréats du Prix Équateur illustrent à quel point ces terres et ces eaux sont importantes (et vastes).

Le Forum Musyawarah Masyarakat Adat Taman Nasional Kayan Mentarang rassemble 11 groupes autochtones à Kalimantan (Bornéo) pour protéger 20 000 kilomètres carrés dans le cadre d’un accord de cogestion avec le gouvernement.

Dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada, la Première nation ?utsël K’é Dene gère 26 000 kilomètres carrés entre la forêt boréale canadienne et la toundra arctique – un puits de carbone et une source d’eau douce d’importance mondiale.

Dans le sud de l’Inde, la société autochtone Aadhimalai Pazhangudiyinar Producer Company Limited, qui compte 1 700 membres, protège les espèces de la réserve de biosphère de Nilgiri de 5 500 kilomètres carrés grâce à la production biologique et à la récolte durable de cultures locales.

Malgré cette importance cruciale des territoires autochtones pour les objectifs mondiaux, l’empiètement par l’exploitation minière et l’exploitation forestière illégale continue de s’étendre. Les peuples autochtones n’ont des droits légaux que sur environ 10 % des terres du monde, malgré leur gérance sur plus d’un tiers. L’intimidation, la violence et le meurtre de défenseurs de l’environnement continuent de s’accélérer.

Les peuples autochtones nous fournissent de précieux modèles de connaissances et de pratiques, fondés sur la réciprocité et le partage. Leurs terres et leurs eaux sont d’un avantage incalculable pour toute l’humanité. Pourtant, notre contrat social actuel n’a pas reconnu ces contributions.

L’heure est à un nouveau contrat social.

Un bon début pour un tel contrat pourrait inclure : la reconnaissance des connaissances et des pratiques uniques qui peuvent nous aider à tracer une nouvelle voie vers une société plus durable ; renforcer la reconnaissance juridique des territoires autochtones et la protection contre l’exploitation minière et l’exploitation forestière illégales ; assurer la sécurité des défenseurs de l’environnement ; et garantir une place beaucoup plus forte à la table des dialogues locaux, régionaux, nationaux et mondiaux qui affectent leur avenir.

Le nouveau contrat social est donc un contrat qui soutient les peuples autochtones localement et aide à atteindre les objectifs à l’échelle mondiale.

Source : PNUD

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